ÉDITORIAL
Cette année encore la fête votive de la Trinité à Sirach a connu le succès.
Dès 11 h 30 tout le village et les amis invités se sont retrouvés sur la place pour l’apéritif convivial. Au son de la musique d’Alain Mas, l’ambiance a tout de suite été très chaleureuse. De valse en tango, de java en rock, les couples se sont rapidement formés pour danser malgré les inégalités du sol.
Nous avons même bénéficié d’un moment de musique exceptionnel lorsque Jean-Pierre Mas est venu auprès de son confrère avec son melodica. Accompagné de ses rythmes, il nous a gratifié de plusieurs morceaux de jazz dont il est un des maîtres. Aussi à l’aise dans un coin de la place de Sirach son petit instrument à la main que sous les sunlights assis à son piano, il a participé ainsi à nos festivités et contribué à leur succès
.L’apéritif terminé et une petite faim se faisant sentir, tous les convives se sont attablés devant un plateau de charcuteries. Et là aussi, de fut un régal particulier : car cette charcuterie est celle que nous avons confectionnée lors de la matança de février. Et si certains ont pu trouver que le pâté et les boudin étaient un peu trop poivrés, la vitesse à laquelle les plateaux se sont vidés en dit plus qu’un long discours. Ce fut ensuite la somptueuse paella pour laquelle Olivier fut ovationné par les quelques 150 convives. Seule la tramontane a essayé de perturber la fête. Mais ce fut peine perdue pour elle. Tout le monde était trop content.
Le concours de boules a vu la victoire d’une triplette historique de Sirach : Hervé, Aimé et Jean-Pierre ont en effet remporté la coupe à la suite d’une longue série de parties très disputées.Un petit mot quand même pour les bénévoles de l’association qui ont fait ce qu’il fallait pour que ce soit possible.
Au bout du compte une nouvelle journée de fête très réussie. En attendant les suivantes…
Prochain rendez vous : vide grenier le 20 juillet
Fête de la Saint-Jean 840 :
Le château d’Arria est en fête. Après un laborieux travail, la marquise, épouse de Suniefred, fils de Borrell, marquis de Septimanie, a mis au monde un fils. Il est brun, braillard, et velu comme un singe. Mais c’est l’héritier mâle. Et la dynastie est assurée de perdurer.
Mais il y a un mais. Car le petit velu est menacé. Un sort a été jeté sur la famille par une sorcière et si ce sort n’est pas dénoué, le risque est grand que le petit Wilfred ou Wilfried, Giffré pour les proto-catalans de la région, ne puisse accomplir son destin de seigneur de la marche. Le marquis est au-dessus de cela et rit au nez de la nourrice qui lui raconte cette histoire. Mais au bout de quelques jours, force est de constater que le bébé ne va pas bien. Il ne tète pas bien, il maigrit, les premières chaleurs de juin le remplissent de fièvre. Les prières du chapelain d’Arria ne semblent d’aucun effet. La mère se désespère, le père est déjà loin à guerroyer pour le compte de Charles le Chauve, pour le partage de l’empire de Charlemagne.
La Saint Jean approche. Or tout le monde sait que c’est la nuit de la Saint Jean que les herbes sont bénéfiques ; et l’eau qui coule des fontaines qui parsèment le territoire de ce qui s’appelle déjà depuis longtemps le Conflent, ont des pouvoirs miraculeux. Boire de l’eau de 7 fontaines entre minuit et le lever du soleil guérit à coup sûr nombre de maladies comme le goître ou la folie furieuse. La nourrice finit par convaincre la marquise : il faudra faire ces libations pour la santé du petit marquis. En outre, il faudra dénouer le sort. Et pour cela seule une fée pourra contrer l’envoûtement de la sorcière. La nourrice a sa petite idée. Il existe en effet, un peu au dessus d’Arria, sur le territoire du lieu-dit de Sirach, une grotte de notoriété publique habitée par les fées[1].
Lorsque sonne minuit, cette nuit de la Saint Jean 840, la course aux fontaines commence. Au lieux, dits aujourd’hui Sant Joan, Codalet, Saint Michel, Taurinya, les molleres, la vergèze, on donne au bébé quelques gouttes de l’eau de source. La dernière sera la font de Sirach, autour de laquelle sont regroupées les quelques chaumières du lieu. Auparavant, la nourrice a fait halte devant la grotte des fées. Une luciole, puis deux, puis trois se sont allumées à son passage dans les taillis autour de l’entrée. Les fées de la grotte avaient dénoué le mauvais sort. Et le soleil se levait sur la plaine.
Le lendemain, le petit Guiffré tétait à nouveau de bon cœur.
Des années plus tard, en 878 à l’Assemblée de Troyes, il sera investi par Louis le Bègue des comtés de Barcelone et de Gérone, inaugurant ainsi les dynasties catalanes.
1) C’est la "cova de les encantades" comme on l’appelle encore de nos jours
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